Page:Kropotkine - Mémoires d’un révolutionnaire.djvu/14

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prêche toujours la paix et condamne ceux qui recourent à la force pour défendre leurs droits, tandis que Kropotkine justifie cet acte et entretient des relations amicales avec les terroristes. Le point sur lequel ils diffèrent le plus c’est leur attitude envers l’homme intelligent et instruit et envers la science en général. Tolstoï, dans sa passion religieuse, dédaigne et déprécie l’homme aussi bien que la chose, tandis que Kropotkine les tient en haute estime, bien qu’en même temps il condamne les hommes de science qui oublient le peuple et la misère des masses.

Bien des hommes et bien des femmes ont accompli une grande œuvre, sans avoir vécu une grande vie. Bien des gens sont intéressants, bien que leur vie puisse avoir été tout à fait insignifiante et banale. La vie de Kropotkine est à la fois grande et intéressante.

Dans ce volume, on trouvera combinés tous les éléments qui composent une vie des plus animées et des plus pleines, l’idylle et la tragédie, le drame et le roman.

Son enfance à Moscou et à la campagne, les portraits de sa mère, de ses sœurs et de ses maîtres, des vieux et fidèles serviteurs, les nombreux tableaux de la vie patriarcale, tout est si bien décrit que tous les cœurs seront touchés. Puis viennent des paysages, et l’histoire de l’amour extraordinairement intense qui unit les deux frères. Tout cela est de pure idylle.

Mais à côté, il y a malheureusement bien des larmes et bien des souffrances : la rudesse de la vie de famille, les traitements cruels infligés aux serfs, et l’étroitesse d’esprit et la dureté du cœur chez ceux qui exercent une si grande influence sur les destinées humaines.

Le récit est des plus variés ; il y a des catastrophes dramatiques : la vie à la cour et la vie en prison ; la vie dans la plus haute société russe, près des empereurs et