Page:Kropotkine - Mémoires d’un révolutionnaire.djvu/506

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Chapitre VIII


MES AVENTURES AVEC LA POLICE SECRÈTE. — AMUSANT RAPPORT D’UN AGENT SECRET. — MOUCHARDS DÉMASQUÉS. — UN FAUX BARON. — CONSÉQUENCE DE L’ESPIONNAGE.


Tout révolutionnaire rencontre sur sa route un certain nombre d’espions et d’agents provocateurs, et j’en ai rencontré ma bonne part. Tous les gouvernements dépensent des sommes considérables d’argent pour entretenir ce genre de reptiles. Mais ils sont surtout dangereux pour les jeunes gens. Celui qui a une certaine expérience de la vie et des hommes ne tarde pas à découvrir que ces créatures portent en elles quelque chose qui le met sur ses gardes. Ils sont recrutés dans la lie de la société, parmi les individus tombés au dernier degré de dépravation morale, et celui qui observe le caractère moral des gens qu’il a l’occasion de rencontrer, ne tarde pas à démêler dans les manières de ces « piliers de la société » quelque chose de répulsif. Il se pose alors à lui-même cette question : « Qu’est-ce qui m’amène cet individu ? Que diable peut-il bien avoir de commun avec nous ? » Dans la plupart des cas, cette simple question suffit à mettre un homme sur ses gardes.

Quand j’arrivai pour la première fois à Genève,