Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/103

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


nos personnages se quittèrent, bien résolus de profiter des ombres de la prison.

Le soleil visitait la nuit, et Poquet et Céladon avaient déjà été appelés pour dîner, lorsque certain mauvais traiteur, accompagné de quelques sales marmitons, entrèrent dans leur chambre, chargés de toutes les plus délicates viandes et de la plus fine pâtisserie que le peu d’expérience qu’ils avaient dans le métier leur avait permis d’apprêter ; et comme nos prisonniers s’exprimaient des yeux leur étonnement, la Caboche, c’est ainsi que s’appelait le traiteur, présenta ce

Billet de Dorimène à Céladon :

« J’aurais lieu d’être fâchée de votre procédé, petit fourbet, mais vous m’avez si entièrement acquise que je ne saurais me mettre en colère contre vous. Je suis déterminée à suivre aveuglément toutes vos volontés, sans examiner si elles sont justes ou déraisonnables. Je donnerai librement dans tous les panneaux qu’il vous plaira de me tendre, et je ne suis pas d’avis de m’informer dans quels bras je tomberai, lorsque je serai assurée que vous serez le vent qui m’y aura abattue. Je ne suis pas si ignorante que de croire qu’un amant suffise à éteindre les feux d’un printemps aussi allumé que le mien, et je vous donne la permission de vous faire secourir par celui de vos amis que vous en jugerez le plus digne. Mon obéissance est montée à tel