Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/105

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


tité de diamants d’Alençon. Sa gorge était ouverte et ses cheveux y laissaient flotter avec mille grâces leurs boucles divines qui semblaient avoir été frisées par le fer de l’Amour. Elle était semblable en cet état à Vénus sortant du sein des flots, ou à quelque chose de plus grand encore. Elle n’avait pas oublié de mettre du vermillon jusqu’au bout de ses doigts, ni épargné la pâte d’amandes à rendre ses mains tout à fait douces. Hïante avait pris du linge blanc, et c’était là toute sa parure. Elle tenait pour maxime d’amour qu’une chemise blanche avait plus d’attraits que les ornements les plus riches, et sans doute qu’elle en avait plus de besoin que les autres femmes, car son c.. distillait sans cesse de certaines gouttes d’un rouge pale et dégoûtant qui faisait bondir le cœur.

Après que Dorimène eut fait une révérence assez copieuse pour toute la compagnie : « Vous me voyez, vieux bouquin, dit-elle en s’adressant au Rocher, et je pense que c’est avec des yeux aussi lubriques que votre barbe est blanche. Ces deux choses, qui semblent incompatibles, s’accommodent assez bien en vous, et j’ose dire, par expérience, que votre vigueur n’était pas si fidèle compagne de vos tendres années qu’elle ait du disparaître avec elles. Vous êtes encore un vert gaillard qui ne vous acquittez pas mal de la douce chosette, et si je voulais ici faire pièce à Céladon, je dirais que vous ne lui en devez guère. » Céladon ne répartit que par un sourire qui marquait assez