Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/107

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE

Cette conversation aurait eu de longues suites, car nos gueuses étaient en train de rire, mais Céladon, qui craignait que les viandes ne refroidissent, mit fin à leur entretien et les obligea à se mettre à table. Je vous laisse à penser si le meilleur vin de la ville leur fournit d’agréables propos et combien de fois ces insignes Bacchus embrassèrent leurs Cyprines dévergondées. L’un baisait la main blanche et potelée de Dorimène, l’autre pillait le sucre et le miel de sa bouche coraline, et l’autre lui frisait le poil du chose avec le bout de ses doigts, pendant que Hïante était désespérée de n’avoir que deux mains à fourrer dans la brayette de trois hommes. Céladon, Ploquet et Le Rocher, ces deux premiers par habitude, et celui-ci par enchantement, songeaient à faire des pirouettes sur le nombril de leurs belles, mais il n’y eut pas une petite conteste entre eux à qui commencerait. On avait déjà desservi, et Céladon, qui se voyait la cause de la visite des deux coureuses, remontra doucement à ses rivaux que l’honneur lui était dû. Poquet, représentant qu’il était le plus vigoureux, essayait de faire pencher la balance de son côté, et Le Rocher, comme le moins fatigué et le plus pressé, assurait que c’était lui faire injure que de vouloir remettre son arcée. Ils étaient tous les trois un peu opiniâtres, et sans doute que le vin, joint à l’amour, aurait fait pleuvoir des gourmades, si la Curiosité, déesse diligente, ne leur avait fait survenir une troisième bergère.