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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS

Marille, sœur de Dorimène, était une jeune fille de quinze ans, à qui la coquille démangeait excessivement et qui n’était pas moins amoureuse que son aînée. Elle avait appris de la messagère du billet de sa sœur que le rut tenait en prison, et fut ravie d’avoir occasion de danser à un ballet si tendre, dont le silence de Dorimène semblait l’avoir voulu priver. Cette Marille avait les yeux, le teint et les cheveux noirs, la bouche grande et nette, le nez passable, la gorge plate, la taille là là. Enfin, telle que je l’ai dépeinte, elle ne laissait pas que de se trouver charmante et présumait avoir beaucoup d’empire sur les cœurs ; elle entra assez civilement dans la scène et parut sur ce théâtre débordé avec une assurance qui montrait clairement la bonne opinion qu’elle avait d’assujettir ceux qui la regarderaient. Elle desserra ses grandes dents, et s’adressant à Céladon : « Bel amant des onze mille, lui dit-elle, je venais vous rendre le tribut et les hommages que notre sexe fait gloire de vous devoir, mais parce que ma sœur trouverait peut-être mauvais que je marchasse sur ses pas, je retournerai sur les miens, et j’attendrai à une autre fois à vous dire que votre mérite n’a pas eu si peu de crédit sur moi qu’il ne m’ait donné le désir de vous entretenir et d’accroître le nombre de vos brebis.

— Ce serait imiter celui qui vit la mer et qui s’enfuit, répondit Céladon, que d’être venue dans le dessein de m’honorer de votre présence et de vous faire