Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/109

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


des colonnes d’Hercule du seuil de ma porte. Entrez, merveilleuse beauté, et perdez les sentiments que vous avez conçus au désavantage de votre sœur ; elle sait bien que vous avez une âme comme la sienne, et qu’ainsi vous êtes susceptible des mêmes passions.

— Entre, Marille, interrompit Dorimène, et ne fais point la folichonne ; viens terminer un différend que Hïante et moi nous avons allumé entre ces Cupidons.

— Et qu’y a-t-il ? répondit Marille.

— C’est, poursuivit Dorimène, que Hïante et moi nous n’ayons que deux cachots pour renfermer ces trois criminels que l’ordre et la raison veulent que l’on sépare.

— Oh ! oh ! ajouta Marille, cela est plaisant, et je ne suis donc pas venue tout à fait mal à propos. Je suis ravie de pouvoir faire plaisir à Céladon dès le premier coup que je le visite. Cet augure est parlant à mon avantage et j’en conjecture bien.

— Votre belle humeur est charmante, interrompirent nos trois ribauds, et la manière obligeante dont vous offrez vos charmes est un nouvel appas qui doit engager celui qui vous méritera à surpasser ses forces. »

Alors Dorimène s’alla pendre au cou de Céladon, de crainte que Marille ne la prévînt, et le poussant sur son lit, mit le monde à l’envers, c’est-à-dire qu’elle monta sur lui, où le mélange de leurs langues servit de prélude et fut quasi tout le chatouillement de leurs