Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/111

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


et des imprécations effroyables contre lui. Mais les dieux, qui s’en offensèrent, la punirent incontinent ; car Poquet, qui, pour mieux enfoncer son flageolet, raidissait les gigots à l’allemande, contre un grand cabinet qui était au pied de son lit, lui donna une si terrible secousse qu’il le renversa sur elle. Cette chute lui fut si fatale qu’elle lui déroba la parole pour longtemps et la fit avorter sur la place. Ainsi la fête fut troublée et nos amoureux divertis de leurs ravissements, dont Céladon ne fut guère fâché, car son amour ne battait plus que d’une aile.

Hïante revint enfin de son évanouissement, et le Rocher, qui craignait furieusement qu’elle ne fût morte, en rendit à deux genoux grâces à Dieu ; et après avoir appelé sa femme, il la conjura de leur donner son avis de ce qu’ils feraient de la petite créature qui était venue au monde sans vie et de la manière que l’on en sort. Afin de l’engager à cela, Dorimène, qui était beaucoup affligée, lui graissa la patte de trois beaux louis d’or. Alors la femme du concierge, qui faisait tout pour de l’argent, leur parla en ces termes : « Je ne vois pas, leur dit-elle, qu’il y ait là de quoi se tant embarrasser, ni que si peu de chose vous doive beaucoup faire d’inquiétude. Dès que la nuit aura fourni la moitié de sa carrière et que les hommes seront dans les bras de leur second sommeil, il faudra porter cette trop tôt venue à la porte de quelque innocent ; ainsi nous en serons dépêtrés, et

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