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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


persuadé. Si je ne me trompe pas, vous aurez la bonté de m’envoyer quelque ouvrage nouveau, afin de chasser l’ennui de certain petit mal que j’ai à la jambe et qui me fait garder le lit. Surtout j’aime les rondeaux, et je serai ravie d’en voir de votre façon, caron dit que vous y excellez. Au reste, je vous prie d’être un peu moins négligent et de vous informer avec plus de soin de ce que peut faire en son lit une malade dont toute la gloire consiste à vous aimer. »

Mlle de Boissemé était une fille de qualité qui, étant restée orpheline de bonne heure, n’avait de bien que ce que ses tuteurs n’avaient pas pu friponner. Elle était une des plus effrontées garces d’Alençon, et je ne m’en étonne pas, puisqu’elle avait fait apprentissage chez Mlle de la Pépinière. Elle n’avait rendu visite au beau prisonnier que dans le dessein de le corrompre, si d’autres plus matineuses qu’elle n’y eussent déjà donné bon ordre ; car elle prenait autant de plaisir à débaucher un jeune garçon qu’il avait de joie à faire une putain. Il n’est donc pas nécessaire de vous dire qu’ils avaient pirouetté ensemble dès leur première entrevue ; mais comme l’endroit où leurs âmes avaient passé l’une dans l’autre aggrave l’énormité de l’action, j’apprendrai à tout le monde, si toutefois elle ne s’en est déjà vantée, que ce fut dans la chapelle des prisonniers. Cette joyeuse créature n’était pas du nombre de celles que l’on oublie dès qu’on ne les voit plus, elle laissait toujours des marques de sa libéralité