Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/121

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE

— Je vous entends, reprit Céladon, et je confesse que Mesdemoiselles Thouars mènent une vie si honnête et si dégagée de tout sale commerce que je n’en saurais assez exprimer le mérite. Jamais tourterelles ne furent si chastes, ni vierges si constantes en leur continence. Leur vertu est à l’épreuve de toutes les attaques, et j’ose dire que leur maison renferme plus de trésors que le pavillon céleste, puisqu’on y voit quatre Grâces incorruptibles, et que là il ne s’en trouve que trois, dont je ne voudrais pas répondre si elles demeuraient à Alençon.

— C’est trop parler de la chasteté de ces demoiselles dans un endroit où le rut tient souvent, interrompit Le Rocher. Laissez-moi poursuivre ma lecture, et voyons un peu ce que nous apprendra ce


Sonnet.

D’où vient ce long silence, adorable Zélie ?
Quelles sont les raisons qui causent ta froideur ?
Quelque berger heureux, ennemi de ma vie,
M’aurait-il bien chassé de ton volage cœur ?

Mais excuse, ô merveille en tous points accomplie,
L’offense que te fait ma soupçonneuse humeur ;
Las ! c’est un noble effet de ma flamme infinie :
Un fidèle galant est sujet à la peur.

Aussi, de temps en temps si ta douce présence
Dissipait les ennuis de ma longue souffrance,
Ou qu’un mot de ta main me découvrit un port,