Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/131

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE

— Ce sera donc sur votre parole », répondit Le Hayer, à qui la présence du quidam avait rendu une partie de son assurance.

Là-dessus, il vint ouvrir sa porte, accompagné de certaine garce conjugale dont je tairai le nom, parce que je l’ai oublié.

L’aspect de la petite Hïante ne le surprit pas moins que le reste des spectateurs, mais il déguisa mieux son étonnement, et connaissant à peu près que c’était une pièce qu’on lui avait joué, il la détacha promptement et fit accroire aux crédules rustiques que c’était la tête d’un singe que son frère avait tué dans la forêt. Après cela, il se renferma pour s’aller habiller, et les dogues s’en allèrent au marché, bien satisfaits d’avoir vu, sans qu’il leur en coûtât davantage que leur temps, une chose inconnue dans leur village.


            Mais je m’éloigne de mon but ;
            Muse, revenons à l’histoire,
            Et de mon encre la plus noire
            Achevons de peindre le Rut.


La pauvre Hïante avait assez mal passé la nuit, et son mari, qui s’était aperçu que son ventre était vide, voulait savoir ce qu’était devenu le fruit des labeurs de ses voisins. Il pestait et faisait rage dans sa chambre, et combien qu’elle lui jurât qu’il n’y perdrait rien et que la défunte n’était pas de son ouvrage, il était en humeur de quereller et voulait, à quelque prix que ce