Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/135

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


à me le donner ; mais ton procédé de ce matin me fait assez connaître que tu respires ma mort.

— Je meurs si je t’entends, poursuivit Céladon ; explique-toi plus clairement, et sache que si j’ai péché contre toi, que je ne pense pas avoir jamais vu, je réparerai mon offense au gré de tes désirs.

— Puisque tu m’en assures de si bonne grâce, continua le vaincu, je ne feindrai point de te dire que je suis Amarante qui me viens plaindre à toi du tort que tu me fais de me quitter sans me dire adieu. Je ne pense pas avoir donné lieu à ton indifférence, et celle qui te vient offrir son bien, après avoir donné son cœur, n’avait pas tout à fait mérité ton silence.

— Ah ! mademoiselle, lui dit le rusé Céladon en l’embrassant, à quel péril vous êtes-vous exposée, et dans quel excès de malheur ne m’auriez-vous point abordé si j’avais été assez disgracié du ciel pour répandre une goutte de votre sang que tout le mien ne serait pas capable de payer !

— Je connais votre générosité, répondit Amarante, et d’ailleurs j’ai bien cru que le dieu qui m’a portée sur ses ailes sur vos pas arrêterait votre colère.

— Loué soit-il à jamais ce dieu tutélaire, répondit-il, qui permet que je vous revoie lorsque j’en désespérais !

— Ah ! interrompit Amarante, que vous êtes double, cher Céladon, et que vous êtes un grand maître en l’art de dissimuler. Si vous aviez autant d’amitié pour