Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/139

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


d’homme, que je fis faire le carnaval passé, pour courir le bal, je suis venue après vous. Mais afin de nous réjouir, poursuivit-elle, chantons quelque nouveauté ; n’avez-vous rien composé ?

— Oui, répondit Céladon, qui n’avait pas envie de s’en défaire si tôt, voici une courante que vous agréerez sans doute ; écoutez :


Quand je vous dis, objet charmant et doux,
            Qui commandez à tous,
            Que je ressens vos coups
            Et que j’en deviens fous,
Hélas ! pourquoi vous mettre en colère ?
Que n’aimiez-vous le beau fils de Cythère ?
      Philis, il a l’air de vous.

Quoi ! pouvez-vous avec tant de rigueur
            Voir l’extrême langueur
            Dont je nourris mon cœur
            Sans prendre de l’ardeur ?
Ma foi, Philis, c’est me faire injustice,
Ah ! bien plutôt de l’amoureux supplice
      Goûtons, vous et moi, la douceur.

Si, tôt ou tard, de ce grand lieu d’amour
            On doit suivre la cour,
            N’attendez point au jour
            De votre froid retour ;
Car quand l’hiver des ans montre sa glace,
Nous n’avons plus de force ni de grâce,
      Et l’amour nous laisse à son tour.