Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/141

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


je vous dirai, et peut-être que vous me prierez de les écrire :


J’ai vu mille beautés sous mon corps étendues,
            Entre deux draps blancs toutes nues,
            Sans résistance et sans rigueur ;
Mais je n’ai point trouvé le délice avec elles
            Qu’Amarante mit dans mon cœur.
Lorsqu’elle l’alluma du feu de ses prunelles.
Je ne puis plus aimer, si ce n’est Amarante ;
            Elle seule est toute charmante,
            Je ne révère que ses lois ;
Si je porte les yeux sur quelque autre de même,
            Mon amour revient au doux choix
Qu’il a fait de servir Amarante, qu’il aime.


« Je confesse, dit Amarante, que celle-là me plaît beaucoup mieux que l’autre et que ce m’est une grande satisfaction d’apprendre que vous avez songé à moi dans mon absence. » Elle lui fit de grandes protestations, à son tour, de l’aimer jusqu’au dernier soupir et de manger tout son petit fait avec lui, tant qu’il favoriserait par sa correspondance le dessein qu’elle avait de lui servir d’ombre. Un peu après, ils arrivèrent au gîte, et Amarante, qui ne voulait point perdre de temps, de peur que quelque obstacle ne survint, s’en fut incontinent chez Boisblés, avec son habit à la cavalière, pour traiter de son contrat, et Céladon se fut coucher sur un des lits de sa chambre, où il relut cette historiette qu’il avait composée en prison :