Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/142

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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS

« Monsieur Vente était à Rouen, où certaines affaires l’avaient appelé, lorsque le curé de la Madelaine de Verneuil, personnage autant amoureux qu’il est éloquent, s’en fut rendre visite à mademoiselle sa femme. Il la trouva sur son lit de repos, vêtue d’un taffetas si mince que la neige de son corps lui sauta d’abord aux yeux et se glissa jusqu’à son cœur par ses fenêtres émaillées que l’Amour tient toujours ouvertes. Elle était nonchalamment couchée sur le côté droit, et l’une de ses mains d’ivoire, qui semblait en être amoureuse, appuyait honorablement le globe inestimable de sa belle tête ; ses cheveux, d’un merveilleux noir, flottaient jusqu’à ses talons et venaient d’être peignés par les Grâces, avec le peigne de corail de la mère de Cupidon ; sa bouche de rose, qui était entr’ouverte, laissait voir des perles admirables qui étaient si bien rangées, si nettes et tellement égales que l’avocat Blessebois, qui passe pour le plus médisant des jeunes fous du pays, n’y aurait pu décocher les traits de sa satire ; ces astres mondains étaient ensevelis sous les nuages de ses paupières, mais leur vivacité ne laissait pas que de se remarquer et d’opérer des effets puissants sur l’âme de M. de la Madelaine. Elle était déchaussée, et ses belles jambes, qui n’étaient pas voilées de sa jupe, éclataient d’autant mieux que le satin noir du lit où elle reposait était bien de sa couleur. Elle s’était mise de cette façon afin de passer fraîchement l’après-dîner, et son idolâtre s’était glissé