Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/143

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


dans sa chambre à la faveur de quelque louis dont il avait enrichi la dauphine qui lui avait ouvert la première porte. Le curé, qui découvrait des bijoux qu’il n’avait point encore vu en sa maîtresse, qu’il trouvait mille fois plus adorable que la divinité de sa paroisse, se jetant incontinent à genoux : « Puissance que je reconnaîtrais toute ma vie, lui dit-il sans en être entendu, je te consacre toutes les affections de mon âme, et je confesse que si nous étions encore au temps de nos pères qui ne donnaient pas de moindres prix aux vertus et au mérite extraordinaire que la couronne immortelle, tous nos habitants seraient maintenant au pied de ton image, à t’offrir des victimes et les vœux innocents de leur zèle inviolable ; mais puisque l’erreur leur a fermé les yeux, la bouche et l’âme à ce devoir si légitime, il faut que tu te contentes des respects et des devoirs qu’ils ne te sauraient dénier. Je dis eux, car moi, qui ne connais rien d’auguste ni d’adorable que les divins linéaments de ta glorieuse face et les perfections que ton aimable corps étale à mes yeux enchantés, je te proteste avec vérité de te placer éternellement sur le trône de ma vie, tant que j’aurai le discernement libre et ma raison saine. Je ne trouve qu’une chose à redire en toi, c’est que tu affectes d’être inaccessible à la pitié et impassible à l’amour. Il y a deux lustres que je courbe sous le faix des chaînes que tu m’as imposées, et la dureté de ton sein ne t’a encore jamais permis de l’ouvrir à mes

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