Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/144

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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


plaintes. Mes yeux et mes actions ont commencé de t’instruire de mes feux, mes services te les ont confirmés, et ma bouche enfin a achevé de développer ce mystère où tu n’as pas voulu donner ton consentement. Perds, adorable beauté, cette rigueur qui me désespère, ou, par un trait de compassion qui me rendra heureux, lâche la bride au pouvoir de tes charmes, afin qu’ils m’étouffent le cœur par l’excès du plaisir que j’aurais à les y enfermer. Veux-tu imiter les rochers en leur insensibilité et te montrer plus inhumaine que les ours et les tigres, qui ne rebutent pas les caresses de leurs pairs ? Sois, hélas ! bien plutôt semblable aux roses de ton parterre qui ouvrent leur sein à la naissance du soleil, afin d’en recevoir les amoureux baisers, ou à celles de tes lèvres incarnates qui n’ont jamais plus de lustre que lorsque tes yeux répandent leurs rayons sur elles. Tu es cette belle rose, et je suis ce malheureux Phébus que ta résistance obscurcit, et qui ne souffrirais pas le parallèle de celui des dieux si le destin me permettait de te fléchir. Où me trouveras-tu un exemple sur la terre de tes refus, si tu considères les ruelles de Verneuil ? De Bretignères ne reçoit-il pas les embrassements de Mlle d’Erard, et le mari de celle-ci ne donne-t-il pas le change à l’autre ? La vicomtesse, toute fanée qu’elle est, a-t-elle jamais coûté le moindre soupir à M. de la Bertauderie, et le vicomte a-t-il fermé les oreilles aux douceurs de la femme de son rival ?