Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/145

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


L’avocat Blessebois s’est-il fait déchirer le visage pour jouir de la nouvelle receveuse des tailles, et son époux a-t-il longtemps arrosé les pieds de Mlle Dindreville pour faire approuver son servage ? Car de t’aller ici parler du receveur des droits avec Mlle Échalard, de la Verdin avec le public, et de la Rochefort avec les chiens de la ville, ces choses-là sont trop connues pour que tu les puisses ignorer. Je suis donc l’unique au monde qui sois exposé à des martyres inhumains, et ma constance, qui me devrait avoir couronné il y a plus de mille soleils, est la seule qui ne produise point fruit. Ah ! c’est être trop rigoureuse et trop garder de scrupule pour un enfant que tu as fait naître ; j’entends pour mon amour qui tire son origine de tes attraits. Écoute la voix de ton pasteur, qui te prêche la paix et la charité, et ne sois pas rebelle à ses remontrances. Toutes choses te parlent à mon avantage ; tu n’as rien à craindre du côté du secret, nos propres intérêts me noueront la langue si tu me reçois dans tes bras, et mes visites ne le seront point un scandale, vu que ma sagesse ne reçoit aucun doute dans les esprits de mes brebis. Aussi te dois-je ici confesser que je ne croirai point forligner de la vertu de mes ancêtres lorsque je m’enterrerai tout vif dans tes caresses. Tu n’as pas une partie qui ne soit entièrement aimable, et les dieux dont nous devons suivre le sage exemple ne se défendraient pas de ton culte s’ils avaient la gloire de te voir dans l’état où je te considère. Mais que je suis