Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/149

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


Boisblés, qui savait par expérience combien les jeunes gens sont amateurs de beaux chevaux, en monta un sur les quatre heures, dans le dessein d’en faire venir l’eau à la bouche de Céladon. Il y réussit admirablement bien, car à peine l’eut-il aperçu par les fenêtres où il était accoudé qu’il descendit dans la rue pour le voir de plus près. C’était assurément un des plus beaux hongres que l’on eut encore vus à Séez ; il avait une légèreté hors de croyance, et toutes ses parties étaient bien formées ; il était surtout agréable à la main, et sa majesté ne souffrait point de comparaison. Son maître, qui avait envie de s’en défaire, fut ravi au témoignage que Céladon lui donna de le vouloir monter. Ils furent hors de la ville, dans un guéret qui offrit une belle carrière et où le nouvel écuyer le mania avec tant de grâce qu’Amarante, qui les avait accompagnés, tomba dans une nouvelle admiration de l’adresse de son captif et consentit qu’il l’acceptât au rabais des quatre mille livres. « Ce cheval-là nous fera honneur, lui dit-il, et de même qu’une bergère doit avoir soin de fleurir celui de ses moutons qu’elle chérit le plus tendrement, afin de le conserver en son cœur par de nouveaux appas, de même aussi la divinité de mon âme, qui ne peut être que vous, doit approuver que je cherche tous les moyens que j’ai de relever les faibles grâces que je possède, afin de vous entretenir dans les amours dont vous enrichissez ma destinée. »