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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


nations, reprit Amarante ; les visions cornues des démons n’effrayent pas davantage les jeunes filles dans leurs draps que celle d’un eunuque, et ceux-là sont de vrais ignorants qui croient que Daphné, la charmante enfant du fleuve Pénée, évita les approches de l’Amour en fuyant la poursuite d’Apollon. Non, non, elle n’était pas si dégoûtée, et Cupidon ne l’avait pas laissée vivre si longtemps sans embraser son âme de ses feux. Mais lorsqu’elle aperçut le jeune homme dont le menton n’était pas encore fleuri, vu qu’il paraissait avoir passé l’âge qui vous le fait cotonner, elle crut infailliblement qu’il était du nombre des châtrés, et ce fut pour cela qu’elle aima mieux souffrir la métamorphose que son approche :


            Et, sans mentir, je doute encore
Si c’était le blondin qui nos maisons redore
            Qui poursuivait cette beauté ;
            Car quelle preuve qu’il l’honore,
            Que la noire méchanceté
De rompre le laurier de son destin l’arbore ?
            Un tel acte d’hostilité
            Semble nous dire, en vérité,
Qu’il était un de ceux que notre sexe abhorre. »


Ce lubrique discours finit justement à l’entrée du bourg, où nos amants mirent pied à terre dans le meilleur cabaret. Ils donnèrent leurs chevaux au palefrenier du logis, mais Amarante ne put voir aller sa triste monture à l’écurie sans la consoler de la sorte :