Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/153

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


            « Ne sois point triste, pauvre bête,
            Espère mieux en ton destin.
            Sans doute que demain matin
Je te verrai l’œil gai de plus d’une conquête.
Maint vigoureux cheval de nuit te fera fête.
Je crois que tu sais bien ronger de ton licou
            L’obstacle importun à ta flamme,
Car si tu l’ignorais, sois sûre que ta dame,
            Dût-elle se rompre le cou,
Descendrait t’arracher des côtés de l’infâme
            Dont l’engin est poltron et mou.
Ne prends point garde, en l’excès de ton zèle,
Si c’est cheval de bât, âne ou cheval de selle
            Qui te montera sur le corps ;
La nuit tous chats sont gris, et cette bagatelle
Ne doit point arrêter les amoureux transports. »


Après qu’ils furent montés dans leur chambre, l’hôte s’approchant d’eux : « Messieurs, leur dit-il (car Amarante avait toujours ses habits d’homme), que vous plaît-il qu’on vous accommode à souper ?

— Fais-nous grand’chère de tout ce que tu as, répondit Céladon, et te dépêche. » Cependant on servit toujours du vin, et l’aumônier d’Amarante ayant rempli un grand verre d’été en but un peu et le présenta ensuite à sa demoiselle, en lui disant, pour rire, que son amour était tombé dedans et qu’il s’allait noyer si elle ne le secourait : « J’en guis ravie, répartit-elle, et cela me favorise l’occasion de vous détromper de certain conte dont on insulte aux femmes. On les