Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/155

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


prenant Céladon par la manche, elle le conduisit contre la muraille, d’où après qu’elle eut ôté son haut-de-chausse, ils se mirent tous les deux à pisser vigoureusement. Leurs forces furent longtemps égales, mais enfin Amarante, qui ménageait mieux l’ambre de son urine que Céladon et qui avait avalé une telle lampée de vin, le passa de plus de dix pas et remporta la victoire. Elle tenait son c.. à deux mains, d’une façon si comique que l’hôtesse, qui les avait écoutés faire leur défi et qui regardait leur posture par un trou qui était à la porte, ne put s’empêcher de faire un si grand cri de joie qu’elle se découvrit.

Céladon fut promptement ouvrir la porte, et la trouvant assez jeune pour n’être pas un trop méchant morceau la fit entrer dans sa chambre, et après avoir un peu folâtré avec elle et ne lui trouvant point de résistance invincible, il la renversa sur un lit, combien qu’Amarante l’empêchât d’enconner autant qu’elle pouvait. L’hôte, qui avait entendu le trépignement de leurs pieds et qui ne savait comprendre à quoi sa femme se pouvait tant amuser dans un temps où ils n’avaient point de servante pour apprêter les viandes, monta en haut et la trouvant sous les ailes de Céladon faisait mine de vouloir se fâcher, lorsqu’elle lui cria, tout essoufflée : « Louis, ne sais-tu pas la chanson :


            Quiconque est chagrin
            De folie a plus d’un grain.