Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/157

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


de la femme de Louis, Amarante commença ainsi la sienne : « Le ciel, par sa sainte grâce, me fit orpheline dès l’âge de quinze ans, et comme il y avait déjà beau jour que je m’écoutais pisser et que mes parents étaient d’une vertu un peu trop étroite, si je pleurai de leur mort, je vous assure que ce ne fut que de joie. Le premier papillon qui vint se brûler à ma chandelle fut un gentilhomme de mes parents, qui me trouva si douce et si paisible que je ne lui donnai pas seulement un coup d’ongle lorsqu’il s’émancipa à vouloir prendre ma souris ; et il s’acquitta si vaillamment de son devoir, quand il porta la hardiesse plus avant, qu’au bout de neuf mois je lui fis porter deux beaux petits frères dont il m’avait engrossée. Il les garda chez lui avec beaucoup de soin de leur éducation, mais enfin les cruelles Parques tranchèrent le filet de leurs jours un peu après leur premier lustre. Ne me voyant plus de gage de ma première flamme, je suivis le penchant que j’ai au changement, et comme j’étais un jour prisonnière, pour un enlèvement où j’avais servi mon cousin de la Touche-Saint-Denis, le marquis de Courcelles me vint voir et me trouva si fraîche et tellement à son gré qu’il me jugea digne de son aiguillette et m’en ouvrit les premiers discours. Combien que j’en eusse plus d’envie que lui, je fis pourtant la cruelle, et je me voulais un peu faire prier, afin de le faire trouver meilleur. Il me rendit plusieurs visites qui ne servirent qu’à la conquête de la petite oie, et je