Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/159

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


Je fus étonnée de sa diligence, et je ne pensais pas qu’il eût encore pu recevoir ma réponse, lorsque je le vis paraître. Je lui tins exactement ma parole, et je m’en trouvai si satisfaite que je formai avec lui une habitude qui dura plus d’un an après mon élargissement et qui m’a coûté une partie de mon bien.

Elle voulait poursuivre, mais un mal de cœur la saisit à ces dernières paroles, qui lui fit rendre ce qu’elle avait pris de trop avec sa suffisance ordinaire ; ce qui l’obligea à se mettre au lit, en quoi elle fut imitée de ses auditeurs.

Céladon ne dormit pas de toute la nuit : il avait trop d’affaires dans la tête. Il avait tiré d’Amarante tout ce qu’il pouvait en espérer et n’avait pas assez de complaisance pour elle, ni si peu de soin de ce qu’on pourrait avancer contre sa gloire, s’il suivait plus longtemps son étendard, que de la garder davantage. Les troupes devaient bientôt partir pour la Hollande, et le désir de se signaler lui tournait les inclinations de ce côté-là. Il eut donc vingt fois envie de monter à cheval et de s’en aller, pendant que la gueuse était profondément ensevelie dans le cercueil des vivants, et il se levait déjà pour en exécuter la résolution, lorsqu’il s’avisa qu’il avait donné congé à son laquais, et qu’ainsi il ne pourrait emmener la cavale du cousin, qui valait bien la peine de n’être pas oubliée ; il crut aussi qu’il ferait mieux de différer quelques jours et de dépayser Amarante, qui n’aurait pas manqué de

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