Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/161

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

147
LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


vin de cheval, et il en rit encore plus d’une heure après.

Le lecteur me pardonnera si je ne l’entretiens point de toutes tes gentillesses qu’Amarante fit sur le chemin : il faudrait un discours de trop longue haleine, et D. L. D. H. ne m’a payé que pour trois feuilles ; je suis mesquin aussi bien que lui, et je me pendrais s’il m’arrivait que je lui donnasse une syllabe de trop. Je dirai seulement qu’après quelques journées de marche, Céladon, qui avait eu quelque pique avec elle, à cause de son insatiabilité, lui avait juré de ne la baiser de quatre soleils ; elle en était inconsolable et roulait mille funestes desseins dans sa cervelle.

Il avait mis pied à terre pour tomber de l’eau lorsque certain laquais, appelé Hubert, qu’il avait pris en passant par Verneuil, lui cria de toute sa force : « Ah ! monsieur, venez promptement ; dépêchez-vous, monsieur, voilà que mademoiselle se tue ! » Combien que Céladon ne fut guère eu peine de ce qu’Amarante pouvait entreprendre sur soi-même, la curiosité lui servit d’étrier à voler diligemment en selle, et ayant abordé sa femelle au petit galop, il la trouva qui feignait de se vouloir enfoncer un méchant couteau dans le sein. Il se douta aussitôt de son désespoir, et lui voulant être favorable une fois dans sa vie : « Tenez, mademoiselle, lui dit-il, en lui présentant son épée, voici de quoi venir plus aisément à bout de votre résolution ; la pointe de votre glaive est émoussée, vous