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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


Ainsi elle lui apprit sur-le-champ que Céladon était à Mousson le plus chéri et le mieux aimé de tous les officiers qui y offraient leurs services aux belles ; qu’il en recevait assez d’encens pour la fortune de toute la garnison. « Il partira dans un mois, lui dit-elle, pour aller en Hollande, et je vous assure que vous le verrez revenir avec le roi. » Amarante fut très satisfaite de la réponse de son oracle et en alla promptement faire part à La Serre, qui ne s’en souciait guère.

Cependant il est constant que la magicienne n’avait rien dit de faux à Amarante, et, fût par connaissance ou par hasard, tout ce qu’elle avait avancé se trouva véritable. Céladon revint avec les volontaires, et quand il fut à Paris, la première chose qu’il fit fut d’aller trouver Amarante. Elle reçut sa visite avec une extase incompréhensible, et après avoir longtemps pleuré de joie, le trouvant un peu délabré, car il avait fait une mauvaise campagne et avait été pris prisonnier à Rées :

— Vous êtes, lui dit-elle, en un pitoyable état, et je suis bien heureuse de quoi réquiper.

— Je suis indigne, répartit le matois, que vous songiez à moi, après vous avoir traitée si indignement ; ce n’est pas que je n’aie assez d’excuses légitimes à opposer à votre indignation, mais j’aime mieux m’avouer coupable et vous demander pardon à deux genoux d’une faute que je n’aurais pourtant jamais commise si l’honneur ne m’y avait fait tomber. Je devais cette