Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/169

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


campagne à ma gloire, et quoique j’en revienne assez mal en ordre, je n’y ai pas acquis si peu de lauriers que vous deviez condamner le temps que j’y ai donné. Je suis maintenant en résolution de suivre les mouvements de mon amour et d’achever d’unir devant les hommes ce que…

— Je sais ce que vous me voulez dire, interrompit Amarante, et quoique je pusse douter de votre promesse par le passé, je suis assez bonne pour n’en rien faire, et d’ailleurs je ne crois pas que vous fissiez si mal, puisqu’il n’y a pas de fille au monde qui ai tant d’amour pour vous que j’en ai et qui soit si constante à vous vouloir du bien.

Un moment après ils se quittèrent, mais ce ne fut qu’après qu’Amarante eut appris que Céladon logeait à l’hôtel de Montbason. Le beau trompeur se savait bon gré de sa fortune, car il connaissait Amarante si amoureuse, ou pour mieux dire si folle de lui, qu’il ne la crut pas capable de ressentiment, ni d’envelopper dans ses caresses le venin qui s’y trouvera.

Cette fille l’aimait sans doute autant qu’elle eût jamais fait, mais elle n’avait plus le dessein d’attendre le couronnement de ses amours de sa bonne foi ; elle crut qu’en le faisant arrêter, elle l’obligerait à l’épouser, et dans ce dessein, elle s’accommoda avec Gaze, fameux exempt et grand voleur ; et le lendemain, ayant écrit un billet à Céladon, dans lequel elle lui mandait de se trouver incontinent à Saint-Germain-