Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/171

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


justice, qui n’a point de bandeau comme celle des anciens et qui voit plus clairement, me voulût obliger à lui tenir parole, maintenant qu’elle est un des plus fermes piliers du bordel de La Serre. Je justifierai ce que j’avance, et qui est connu de tout Paris.

Ils eurent une semblable conversation pendant une heure que dura l’interrogatoire, et enfin le juge, se levant, laissa Céladon avec l’assurance qu’il le servirait. Le beau prisonnier fut mis dans une des plus honnêtes chambres de la prison, où il fit d’abord connaissance avec le baron de Samoi, homme, à mon sentiment, le plus grand fou et le plus impudent menteur de l’univers. Il était assurément de qualité, et son air même en aurait pu instruire ceux qui ne l’auraient pas connu. Il était âgé de quarante ans et davantage ; sa taille était celle d’un géant ; ses gestes sentaient la vieille cour, et ses attraits commençaient d’avoir besoin d’emprunt. Il avait un défaut qui n’était pas supportable : c’est qu’il ne pouvait voir à un jeune homme un peu de mine sans en être amoureux. Je vous laisse donc à penser s’il fut bientôt charmé de la beauté de Céladon et s’il eut le pouvoir de lui taire longtemps sa maladie. Dès la première journée qu’ils furent ensemble, après lui avoir fait mille protestations de service, le baron Samoi, lui portant la main gauche sur le cou, l’embrassa avec un transport indicible, et avançant l’autre se disposait à la fourrer dans sa brayette lorsque Céladon, qui connaissait son dessein : « Tout