Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/173

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


            J’épouserais plutôt Mégère
            Que de vouloir vous contenter.


Après avoir dit cela, il sortit de la chambre ; car il avait une extrême démangeaison de la battre, et il ne le voulait pas faire. Ainsi elle demeura tête à tête avec le baron de Samoi à qui elle conta son histoire le plus avantageusement qu’elle put. Lui, qui n’était pas encore revenu de l’arcée que lui avait causé Céladon, crut que s’il employait son adresse il pourrait passer sa fantaisie sur elle, et dans cette pensée :

— Mademoiselle, lui dit-il en lui baisant les mains, j’entre dans vos intérêts et partage votre affliction. Mais je ne suis pas si peu homme d’esprit que si vous m’accordiez la douceur de vous baiser je ne trouvasse moyen de réduire Céladon sous le joug de votre obéissance. Je sais la route qu’il faut tenir pour vaincre les dédains de la jeunesse, et, tel que vous me voyez, j’ai servi quantité de filles en telle occasion.

— Ah ! monsieur, s’écria la folle, en lui mettant la langue dans sa bouche, si vous faites ce que vous dites, je n’ai rien à vous refuser, et la grâce que vous me promettez est si grande que je consens de tout mon cœur à vous en remercier avant même de l’avoir reçue.

Le baron de Samoi ne perdit point de temps : il la jeta sur son lit et chevaucha romainement. Elle voulut faire un peu de difficulté à recevoir cette nouvelle