Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/175

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


reprit-il, en montrant le frère du baron qui entrait, sur la mine duquel je puis asseoir de bonnes espérances pour vous.

M. de La Graverie, c’est ainsi que s’appelait le survenant, était un goulu qui avait mangé vingt fois son bien et celui de sa femme au jeu de Cupidon. Il n’y avait point de crimes dont il ne fît profession, et j’ai encore appris, depuis ce temps-là, que les bassesses les plus grandes ne faisaient que blanchir contre lui quand la gueulée en était. Aussitôt qu’il eut aperçu ce qui se passait : « Mon frère, dit-il en s’adressant au baron, a toujours quelque bonne fortune en main, mais il en est si réservé que combien qu’il n’ait qu’un méchant petit bout de v.. qui s’énerve d’abord, il fait façon de prendre le vigoureux secours de ceux de ses amis qui, comme moi, en sont mieux partagés que de tout autre membre. » En disant cela, il tira un grand diable de serpent cramoisi de sa brayette, qu’Amarante, qui en avait vu de toutes les espèces, ne put s’empêcher d’en témoigner de l’étonnement : « Ah ! qu’il est beau ! Qu’il est mignon ! Le beau fils ! » s’écria-t-elle.

— Hé bien ! mademoiselle, ne pleurez point, reprit La Graverie ; vous l’aurez, je ne vous l’ai point donné. Je crois que ces messieurs auront du plaisir à voir entrer en lice ce monstre avec le vôtre.

— Ma foi, cadet, lui dit le baron de Samoi, rien ne peut t’empêcher de nous donner ce divertissement, si

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