Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/179

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


sa perruque pour étaler aux yeux de l’assemblée une copieuse couronne. Dans cet état, il maria son frère avec Amarante, qui regagna, par ce moyen, les affections de Céladon. Mais comme la nouvelle Madame de la Graverie se disposait à sortir de la chambre pour aller décharger Céladon, le baron de Samoi, que le vin avait échauffé, s’y opposa : « Non, non, dit-il, cela ne va pas ainsi ; il ne me sera pas reproché que Céladon ait violé les lois de ma chambre où jamais jeune homme n’est entré sans m’accorder ce que bientôt il m’a refusé, et que je pense avoir maintenant bien mérité ; la faveur n’est pas grande, mais je la veux avoir, ou je proteste de nullité contre tout ce qui s’est fait par mon industrie. »

Combien que Céladon eût une aversion raisonnable et naturelle pour Tes infamies dont le pressait le baron de Samoi, voyant qu’Amarante, le concierge et la Graverie appuyaient sa demande, il fut obligé d’y satisfaire, mais je proteste au lecteur qu’il lava longtemps sa main après l’action. Le baron de Samoi en ressentit un tel chatouillement qu’il en tomba pâmé sur son lit, où il resta comme extasié tout le temps qu’Amarante employa à décharger Céladon. Ensuite de quoi il descendit dans les guichets, pour dire adieu à Céladon qui, depuis, prêcha son insolence dans toutes les ruelles de sa connaissance. La Graverie et Amarante s’en furent louer une nouvelle maison où ils tiennent encore une fameuse école de