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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


demeurait plus de trois jours à découvrir sa passion et à qui elle était obligée de faire des avances ; car elle aimait qu’on fût libre et ouvert, qu’on ne se cachât de rien, non pas même de ses faiblesses, et que si l’on sentait élever quelque mouvement amoureux pour elle, qu’on le lui fît connaître sur-le-champ.

Mais avant que de parler des amours de cette ouverte personne, disons comme elle est faite. Le tour de son visage est un ovale défectueux, ses yeux sont gris et lubriques au dernier point, sa bouche est trop fendue, mais assez vermeille, son front petit, son nez long et décharné, son menton en pointe, ses dents blanches, ses mains sèches et vilaines, sur lesquelles on découvre jusqu’au plus petit nerf ; ses cheveux sont châtains et annelés, à grosses boucles ; son teint est uni, et, dans de certains temps, assez éclatant ; sa taille est petite et voûtée, et les diverses secousses dont elle a été agitée ont fait que le dessus de son corps n’a point d’assiette assurée et se balance, à chaque pas qu’elle fait, sur ses hanches ; pour la gorge et la chair, elle l’a merveilleuse, et l’on peut dire qu’elle cache ce qu’elle a de plus beau et qu’heureux sont ses amants, puisqu’elle leur fait tout voir. Il est vrai qu’ils se plaignent que ce beau corps, dans les moindres petites chaleurs, par une odeur qui en émane, ne satisfait pas si bien l’odorat que la vue. Elle se pique d’être des mieux chaussées ;