Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/185

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HISTOIRE AMOUREUSE DE CE TEMPS


les bas de soie qu’elle porte sont étendus jusqu’au milieu de la cuisse, et ses jarretières sont fort proprement attachées. Il n’y a point de femme qui se donne plus de soin de porter bien le pied qu’elle. Pour ce qui regarde l’esprit, elle a beaucoup de feu, mais peu de jugement, et elle est fort étourdie ; son humeur est altière, fourbe, malicieuse, jalouse ; elle ne peut souffrir les caresses qu’on fait aux autres femmes (comme si, dans elle, il y avait pour contenter tout le reste des hommes). Il suffit d’être belle pour devenir son ennemie ; elle médit incessamment des plus jolies et imagine mille artifices pour en donner de mauvaises impressions. Elle a pour l’argent un puissant attachement, et les plus aimés de ses amants ne sont pas toujours les mieux faits, ni ceux qui ont le plus de mérite, mais les plus libéraux, et s’il s’en trouve quelqu’un qui ne laisse pas quelquefois sur sa table un miroir, un diamant, un collier de perles, ou quelque autre bijou, il est regardé avec des yeux bien moins tendres que les autres.

Lupanie, étant donc faite comme je vous l’ai dépeinte, ne laissa pas, dans le commencement qu’elle reçut compagnie et se produisit dans le grand monde, d’avoir une foule d’adorateurs et même les mieux faits de Callopaidie, où elle demeurait en ce temps-là, dont elle ménageait si bien l’esprit qu’elle n’en perdait pas un. Cléandre était