Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/186

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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


pourtant le mieux reçu et le plus aimé, et cet amant, par le soin officieux de lui changer souvent ses garnitures, avait fait un merveilleux progrès sur son cœur, outre qu’il n’est pas des plus mal faits de ce monde : sa taille est dégagée et fort bien prise, son air passable, son teint brun et grossier, ses yeux rudes, sa bouche grande et fendue jusqu’aux oreilles, des cheveux en quantité et frisés à grosses boucles, son esprit brillant, vif, entreprenant et capable de grandes choses, un peu fanfaron et du nombre de ces braves de province qui croient qu’il faut être brutal, emporté et faire mille querelles en l’air pour passer pour homme de courage ; sa plus forte passion est pour les femmes, et il leur donne tout. C’est ce qui n’avançait pas peu ses affaires sur le cœur de Lupanie ; il obtenait d’elle quantité de petites faveurs et recevait tous les témoignages d’une tendre passion. Mais comme il ne pensait pas au mariage et qu’il aime le solide en amour, un jour il la fut trouver seule, et après lui avoir fait quelque présent à son ordinaire, il jeta un genou à terre, et lui prenant une main sur laquelle il appliqua plusieurs fois la bouche, il lui parla ainsi :

— Vous me dites que vous m’aimez plus que tout le reste des hommes ensemble, mais quel témoignage m’avez-vous donné de cette tendre amitié pour me faire juger que vous me tirez du pair de vos autres amants ? Ils vous voient comme moi, ils ont la