Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/187

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HISTOIRE AMOUREUSE DE CE TEMPS


liberté de vous parler de leur passion, ils soupirent en votre présence, et, enfin, auprès de vous je ne puis faire une démarche que je ne les voie m’imiter. Vous voulez toutefois que, par une croyance aveugle, je me persuade d’être mieux dans votre cœur qu’ils n’y sont. Ah ! madame, madame, ne dissimulons rien ! Vous n’avez pas pour moi tout l’amour que vous dites : vous me l’auriez bien fait connaître par des preuves plus fortes et plus pressantes, et la Nature n’est pas si chiche à l’endroit des belles qu’elle ne leur ait donné des liens plus forts pour les retenir plus longtemps dans leurs chaînes ; elle leur a distribué des trésors inestimables pour les récompenser de leur constance et de leur fidélité. Ce sont là les témoignages les plus solides par lesquels vous me pourriez faire connaître la différence que vous mettez entre le reste des hommes et moi. Vous devez assez connaître ma discrétion pour croire qu’un semblable secret ne sortirait jamais de ma bouche et qu’on m’arracherait plutôt la vie.

En finissant son discours, il s’aventura, avec un transport le plus amoureux du monde, de glisser sa main dans un lieu délicieux, qu’il est plus naturel de toucher qu’honnête de nommer.

— Arrêtez, arrêtez, lui répliqua Lupanie, en le repoussant d’une manière qui lui faisait connaître que son procédé ne l’avait pas tout à fait désobligée ; vous allez étrangement vite et ne considérez pas