Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/189

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HISTOIRE AMOUREUSE DE CE TEMPS


Sa fortune est assez considérable et n’est pas à rejeter ; c’est ce qui fait que je ménage son esprit pour me voir au plus tôt sa femme, afin d’avoir plus de liberté de me donner ensuite à vous.

— Quoi ! madame, répartit Cléandre, encore toute souillée des baisers d’un stupide et d’un brutal, prétendrez-vous vous présenter à moi pour m’offrir les restes de sa brutalité ? Manqueriez-vous d’esprit jusque-là que de souffrir qu’un semblable original recueillit les prémices de votre amour et de votre jeunesse, et le voudriez-vous préférer à moi ?

— Non, non, répliqua Lupanie ; je sais mettre la différence entre lui et vous, et je vous promets que je vous donnerai un rendez-vous, dans le temps que le mariage sera sur le point de s’accomplir, qui vous assurera de ma personne et de mon cœur.

Cléandre la pressa bien tout le reste de cette conversation sur ce sujet, et lui dit qu’il avait des secrets admirables pour détourner le mal qu’elle craignait ; mais tout ce qu’il put dire fut inutile, et il fut obligé de s’en tenir aux promesses qu’elle lui avait faites.

Cependant elle agit, après cet entretien, si adroitement avec Schelicon et séduisit son estime et son cœur avec tant d’esprit qu’il s’imagina que le bonheur de sa vie dépendait d’épouser une fille si honnête et si vertueuse, et qu’il crut qu’il ne devait pas perdre un moment pour avancer la possession d’un si grand bien. Il n’y trouva pas grand obstacle, car ses