Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/193

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HISTOIRE AMOUREUSE DE CE TEMPS


dit qu’elle aime mieux mourir que de passer la nuit avec un homme, pendant que Schelicon, poussé par sa seule passion, sans écouter aucune de ses raisons, la saisit avec violence, et, se jetant brusquement entre ses bras, après l’avoir fait crier quelques moments par les douleurs qu’elle disait souffrir, en roulant des yeux languissants et perdant la voix, elle demeura immobile et feignit de s’être évanouie. Ce pauvre mari se désespère, la croit déjà morte et se persuade qu’une si grande jeunesse n’a pu résister à de si rudes efforts. Il fait toutes les choses imaginables pour la tirer de son évanouissement, mais le vinaigre et tout ce qu’il lui peut mettre à la bouche est inutile ; il recourt au chirurgien et juge follement que les ventouses, la pourront soulager ; il appelle pour ce sujet un valet. Dans cet instant, elle revint à elle, et, recouvrant l’usage de ses sens, elle lui dit en jetant sur lui négligemment une main :

— Mon cœur, que vous êtes méchant ! Que vous m’avez fait sentir de douleurs ! Jamais en ma vie je n’en ai autant souffert !

Il lui en demanda pardon et en parut fort touché, lui disant que c’étaient les premières croix du mariage, mais qu’autant elle avait souffert de douleurs dans ce moment, autant elle sentirait le plaisir les autres fois.

Elle fut fort contente de cette première nuit de lui, bien qu’il faille être d’un goût peu délicat pour s’en