Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/195

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HISTOIRE AMOUREUSE DE CE TEMPS


qu’elle avait toujours vécu chaste et vertueuse. Il se mourait de rire quand elle lui raconta l’embarras où ce pauvre mari s’était trouvé par son feint évanouissement, les soins ingénus qu’il s’était donnés pour la remettre, la crainte qu’elle avait eue des ventouses, et le zèle avec lequel il lui avait demandé pardon du mal qu’il lui avait fait souffrir. Elle n’omettait pas une petite circonstance de ce qui s’était passé ; et, enfin, dans cette visite et dans toutes les autres que son amant lui rendit, le mari défrayait tout ; elle donnait bien à juger à Cléandre, par le nombre des faveurs qu’elle lui accordait, qu’une femme était bien plus obligeante et plus facile qu’une fille.

Dans le cours heureux de cette vie voluptueuse, une disgrâce survint qui troubla le plaisir de ces deux amants. Comme un jour Cléandre était venu voir Lupanie, elle le fit passer dans la salle, où, après avoir frappé à la porte du cabinet de son mari, qui était dans un des côtés de cette salle, et après l’avoir appelé plusieurs fois sans qu’il répondit (ne voulant pas être détourné de l’occupation où il était), elle se rassura l’esprit en s’imaginant qu’il n’y était pas ; si bien que, dans cette grande liberté, elle repousse mollement les douces et puissantes violences de son amant, et la résistance qu’elle lui oppose n’est que pour voir augmenter ses efforts. Il soupire, ses yeux cherchent les siens pour les avertir du plaisir qu’elle va goûter, ses lèvres impriment mille baisers sur sa