Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/196

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

182
L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


bouche, et ses mains, toutes de feu, la saisissent et la couchent sur un placet. Alors, roulant des yeux étincelants, il fait voir des cuisses toutes nues, plus blanches que l’ivoire, et découvre ce temple de l’amour où il avait déjà offert tant de victimes. À peine avait-il forcé les premières entrées qu’il entendit du bruit et vit sortir Schelicon du cabinet où Lupanie avait frappé. Sans achever son sacrifice, il en sortit, et même de la salle avec tant de précipitation qu’il n’eut pas le temps de prendre son épée. Lupanie, tout émue, abaissant promptement sa jupe, s’en saisit et, après l’avoir tirée du fourreau, la présente à Schelicon par la pointe, en lui parlant en ces termes :

— Percez, percez de mille coups ce cœur que le crime d’autrui a voulu rendre coupable, et n’épargnez pas une misérable que l’indignation du ciel a choisie pour être l’infâme objet de la plus effroyable brutalité dont l’homme soit capable. Je mérite la mort, puisque ma fatale beauté et mes regards, tout innocents qu’ils sont, ont dû inspirer de si lâches et de si honteux sentiments, et je dois répandre mon sang pour laver le crime d’autrui. Mais s’il m’est permis de vous dire avant ma mort quelque chose pour ma justification, apprenez que si celle qui a eu l’honneur d’être choisie pour votre femme est malheureuse, elle est innocente et ne participe point à la faute de cet infâme.

« Je m’étais endormie sur un placet lorsqu’à mon