Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/203

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HISTOIRE AMOUREUSE DE CE TEMPS


Mais quand j’eus dissipé cette première idée
Qui captivait mes sens et mon âme obsédée,
À la fin mon dépit se trouva le plus fort,
Et jusques à la voir je portai mon effort.

Ah ! que dans ce moment mon âme fut vengée !
Dieux ! qu’elle me parut haïssable et changée !
Sa taille me déplut, son air me fit pitié,
Sa bouche me parut plus grande de moitié ;
Ses yeux furent pour moi languissants et stupides,
Ses lèvres et ses dents me parurent livides ;
Son teint, que je trouvais agréable et fleuri,
Me parut tout souillé des baisers d’un mari,
Aussi bien que de ceux qui, la sachant publique,
Y venaient contenter leur amour impudique.

Au travers d’un mouchoir de replis ondoyants,
Je vis deux gros tétons tout ridés et pendants.
Je crois que tout exprès le hasard, pour me plaire,
La fit sotte ce jour plus qu’à son ordinaire.

Jamais pour son malheur elle n’eut moins d’esprit :
Elle avait mauvais air à tout ce qu’elle dit.
Certaine effronterie était dedans son âme
Qui faisait bien juger que c’était une infâme.

Ô dieux ! dans ce moment que mon cœur fut ravi
De briser les liens qui l’avaient asservi !
Que le jour fut heureux qui termina sa peine,
Et qu’il sentit de joie à sortir de sa chaîne !

Il ne me resta rien de mon amour lassé
Que le honteux remords de l’avoir mal placé,