Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/205

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

191
HISTOIRE AMOUREUSE DE CE TEMPS


sieurs autres, parce qu’elle avait appris que les hommes y étaient galants plus qu’en aucun lieu du monde.

Elle tâcha de prendre d’autres mesures, les premiers jours qu’elle fut dans cette ville, qu’elle n’avait fait dans Callopaidie, et résolut de vivre tout d’une autre manière. Pour s’acquérir un fonds de réputation et d’estime, elle fit habitude, au commencement, avec les dames de ce lieu qui passaient pour les plus sages et les plus vertueuses, et, par son esprit pliant et soumis, elle gagna l’amitié des plus sincères. On ne peut mieux contrefaire la prude et la sévère. Jamais elle ne serait demeurée d’accord, dans aucun entretien, qu’il pût y avoir des femmes dans le monde assez criminelles pour donner la moindre liberté à un homme, et soutenait que c’était une chose incroyable ; elle feignait de souffrir une insupportable peine quand on disait, dans une assemblée où elle était, quelque chose qui choquait tant soit peu la bienséance, et quittait la compagnie avec un dépit si bien étudié que le plus fin y aurait été trompé. Elle se contraignit quelques jours, mais cette vie la dégoûta bientôt, et elle donna à juger qu’un peu moins de réputation et plus de plaisir était mieux son fait. Il n’y avait pas encore eu un homme dans Pottamie qui se fût aventuré de lui dire aucune douceur, et son plus sensible déplaisir était qu’elle se voyait obligé de s’en tenir à un très petit ordinaire ; ce qui fit qu’elle résolut de