Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/212

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

198
L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


la maison après avoir soupé et alla se promener seul.

Anthonin, voyant une si belle occasion, crut avoir trouvé l’heure du berger, si bien que, passant sans perdre de temps dans la chambre de Lupanie, il la trouva seule, couchée si négligemment sur le lit, ses jupes très mal en ordre. Une émotion si grande le prit de voir une femme en cet état qu’à peine eut-il la hardiesse de s’approcher.

— Suis-je si épouvantable, lui dit-elle en s’apercevant de sa pudeur hors de saison, que vous ne puissiez soutenir ma vue, et n’êtes-vous brave que la plume à la main ?

— Auprès tant de beautés, lui répartit Anthonin, en se rassurant et cherchant niaisement sa bourse, peut-on n’être pas dans l’admiration, et un homme peut-il vous offrir si peu d’argent que j’en ai sans une espèce de chagrin, pour mériter les faveurs que j’espère obtenir de vous ?

— Mon Dieu, lui répliqua-t-elle en la saisissant et la regardant avec soin, que le tissu des cheveux en est admirable ! Sont-ce des vôtres ? Mais que voulez-vous que j’en fasse ? ajoutait-elle. Reprenez-la, je ne suis point mercenaire.

À ces dernières paroles, ce moine se trouva si fort animé que, levant ces jupes avec précipitation, il découvrit à nu ce beau corps.