Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/213

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HISTOIRE AMOUREUSE DE CE TEMPS

Dans ce même moment, elle serre la bourse, non qu’elle eut aucun mauvais dessein, ayant trop bonne conscience pour retenir son argent sans lui en donner de la marchandise. Elle fit bien voir à son amant, dans cette occasion, qu’elle avait de la pudeur, car elle tournait le visage sur le chevet et fermait les yeux, n’ayant pas l’effronterie de se voir en cette posture entre les bras d’un autre que son mari. Jamais Anthonin n’a été logé si au large, et il a dit ingénuement depuis qu’étant au milieu de ce fort de l’amour il le cherchait et se trouvait aussi libre que dans une spacieuse campagne.

Le mari de retour, Lupanie lui fait une fausse confidence de tout ce qui s’était passé, lui parle des emportements d’Anthonin, et le nomme squelette amoureux. Elle avoue qu’elle avait senti une espèce d’horreur en se voyant seul avec lui. Elle exagère comment elle l’avait repoussé, lui dit qu’elle n’avait jamais voulu souffrir qu’il lui baisât la main, crainte qu’un de ses baisers impudiques ne lui en fit élever la peau. Elle lui montra la bourse, lui jura qu’il ne la lui avait donnée que pour obtenir quelques moments de conversation d’elle. Elle partage le profit avec lui, et, par le récit qu’elle lui fait de la manière niaise avec laquelle il la lui avait présentée, elle le fait étouffer de rire ; et ce bon homme se moque d’un autre, dont lui-même est le sot. Enfin, quand elle fut couchée, pour conclusion, elle le caressa plus qu’à