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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


son ordinaire, afin de lui faire croire qu’elle s’en tenait à ce qu’elle pouvait tirer de lui.

Pendant qu’Anthonin eut de l’argent, les rendez-vous étaient fort fréquents, et Schelicon sortait de la chambre et les laissait seuls ensemble ; mais aussitôt qu’il lui manqua, il fallut penser à s’en retourner en Potamie pour en chercher d’autre. Schelicon et Lupanie s’y rendirent bientôt avec lui, et comme les vendanges étaient faites, ils se retirèrent dans la ville pour y passer l’hiver et pour y chercher quelque heureuse fortune.

Lupanie, à son retour, crut que c’était trop peu pour elle que de s’en tenir à son ordinaire monastique : changement de viande réveille l’appétit. Un certain gentilhomme, nommé Nicaise, vint rompre en visière à Anthonin. Elle avait trop d’empressement d’en goûter de tous les états pour ne pas recevoir un homme qui lui avait paru de si bonne mine et qui est sorti d’une des plus illustres maisons de ce lieu-là ; il fallut en avoir un échappé, à quelque prix que ce fût, et mêler le sang noble avec le bourgeois.

Un semblable parti n’était pas à refuser pour elle, car sa taille est grande et droite, mais un peu embarrassée ; la jambe fort bien prise et tournée passablement ; les cheveux sont d’un blond cendré, secs, et d’une frisure tapée ; la bouche bien taillée, ses yeux doux, la main belle et un teint grossier à raison de la petite vérole, qui a laissé de funestes