Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/215

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

201
HISTOIRE AMOUREUSE DE CE TEMPS


marques ; pour son esprit, il est du dernier sincère, trop tranquille, doux, civil et obligeant à toute la terre. Il parle avec une grande lenteur et a peine à s’expliquer ; mais, si on veut l’écouter, on trouve pourtant que ce qu’il dit est bien conçu et de bon sens. Il se plaît infiniment dans la compagnie des femmes et a pour le sexe un respect si grand que, fort souvent, par là, il leur devient incommode et principalement à Lupanie, qu’il pensa faire désespérer dans les premières conversations. Elle, qui hait ces respects hors de raison et qui veut qu’on en vienne aussitôt au familier, fut obligée de le souffrir fort longtemps sans qu’il lui parlât de son amour et sans qu’il lui osât même toucher la main ; il croyait avoir beaucoup fait et se considérait comme un amant téméraire quand, par hasard, il avait lâché un soupir en sa présence ou jeté un regard amoureux.

— D’où vient, lui disait-elle un jour, pour lui donner lieu de se découvrir, que, depuis quelque temps, vous me paraissez si rêveur et si inquiet et que je vois, quand je m’attache à vous observer, que vous ne sauriez demeurer un moment sans pousser quelques soupirs et sans vous plaindre ? Vos regards languissants me disent assez que vous avez l’âme touchée de quelque passion. Dites-moi, au nom de Dieu, je vous prie, mais sans déguisement, d’où vous vient ce désordre ? Je vous jure qu’il n’y a rien que je ne fasse au monde pour vous soulager.