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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


un des gentilshommes des plus considérables de la province, que si, par hasard, il leur arrivait quelque mauvaise affaire, il les pourrait beaucoup servir. Elle lui conseilla de lui rendre de fréquentes visites, de briguer son amitié, d’être de tous ses divertissements, lui disant que c’était le plus grand honneur et le plus bel avantage qui lui saurait arriver, et que, par cette seule voie, il se pourrait rendre considérable dans Pottamie.

Lui, qui ne raisonnait pas et qui laissait seulement conduire son raisonnement, suivit son conseil de point en point et passa les journées entières avec Nicaise, vivant toujours à sa table, parce qu’elle lui paraissait un peu mieux réglée que la sienne.

La véritable pensée de Lupanie était, en donnant ce conseil à son mari, de convier Nicaise, dont elle connaissait l’esprit civil et obligeant, à lui rendre de fréquentes visites et qu’ainsi, en l’absence de son mari, elle le recevrait dans sa chambre et aurait occasion, sans lui donner aucun soupçon, de passer de très douces heures dans son alcôve avec lui. Tout lui réussit mieux qu’elle ne l’avait prévu, car Nicaise, touché des amitiés qu’il lui faisait, lui offrit une maison qu’il avait pour y venir loger, qu’il accepta assez librement, ce qui donna un plus beau jour à Lupanie pour faire réussir ses desseins ; elle le caressait très souvent, lui disait mille douceurs sur sa bonne mine, lui découvrait sa gorge à nu, lui demandant quel défaut