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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


elle savait qu’il la devait venir voir l’après-dîner, elle donna ordre qu’on le fit entrer dans sa chambre sans la venir avertir. Elle était mise sur le lit avec une cornette, la gorge nue et ses jupes si mal en ordre qu’on lui pouvait voir les deux cuisses à nu. Elle était ainsi couchée sur le dos, les ayant ouvertes dans la posture d’une Danaé qui attend une pluie d’or, feignant en cet état de dormir, lorsque son amant, arrivant tout seul dans la chambre et la voyant dans cet état si indécent, rougit pour elle et jugea que, sans y penser, en dormant, elle avait ainsi levé ses jupes, si bien que, pour épargner ce déplaisir à sa pudeur, il prend son mouchoir qui était auprès d’elle avec le moins de bruit qu’il put, crainte de l’éveiller, pour couvrir sa gorge, et abat ses jupes. Dans le même instant, Lupanie, feignant de s’éveiller, le repousse rudement avec colère, et lui parlant ainsi :

— Dis-moi, traître, perfide, sont-ce là les actions d’un véritable amant ? Ne devrais-tu pas mourir de honte de ta faiblesse ? Et ne te fait-elle pas horreur, puisqu’elle va contre l’ordre de la nature ?

— Je suis criminel, il est vrai, répartit-il, mais la fortune a fait le crime. Si vous pouviez connaître la pureté de mes pensées, vous auriez sans doute des sentiments plus avantageux de moi, puisque vous verriez que je n’ai pas eu la moindre émotion déréglée.

— C’est cette connaissance, reprit-elle, qui me