Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/223

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HISTOIRE AMOUREUSE DE CE TEMPS


donne tant d’aigreur contre toi et qui me fait détester ta personne.

— Considérez, madame, répliqua-t-il en l’interrompant, je vous conjure, que tout ce que j’en ai fait n’était que pour épargner ce sensible déplaisir à votre pudeur de se voir en cet état et pour couvrir votre nudité.

— Était-ce de cette manière, reprit-elle, lâche, faible, que tu la devais couvrir ? Et si tu étais raisonnable, ne t’excuserais-tu pas d’une autre manière ?

Enfin elle lui dit mille autres injures et le quitta avec tant de colère qu’il sortit de chez elle le plus touché et le plus triste du monde.

Le ressentiment de Lupanie ne dura pourtant pas longtemps, car Anthonin, arrivant chez elle dans le même moment que Nicaise sortait, la consola bientôt en lui accordant ce que cet amant trop discret lui avait refusé. Elle lui en dit tous les mots imaginables et lui assura qu’elle n’avait jamais senti plus d’antipathie pour un homme que pour lui, et que si son mari ne lui avait commandé de le bien recevoir, elle ne souffrirait jamais sa présence. Elle mit ensuite en usage toutes les caresses les plus engageantes, et fit si bien qu’elle en tira une garniture fort propre. Elle trouva tant de plaisir ce jour-là à recevoir ces présents qu’elle résolut de demander à Nicaise tous les bijoux dont elle aurait envie, puisqu’elle n’en pouvait tirer autre chose ; si bien que, quand il retourna pour la voir, il fut aussi

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