Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/225

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HISTOIRE AMOUREUSE DE CE TEMPS


qu’elle fit en cette entrevue. Et, comme elle craignait qu’il ne soupçonnât quelque chose de ce qui s’était passé par leur émotion, elle lui dit, sans examiner si Anthonin était sorti et s’il ne l’entendait point, que son mari était devenu jaloux et qu’il avait prié Anthonin, comme son ami, d’avoir toujours les yeux sur elle et de veiller à sa conduite. Ensuite, par une fausse confidence qu’elle affectait de lui faire, elle l’assurait qu’elle sentait de l’horreur à se voir seule avec cet homme, et que pourtant, par bienséance et pour obéir à son mari, elle était obligée de le souffrir. Nicaise, qui avait cru ingénument tout ce qu’elle lui venait de dire, ne tarda pas à lui offrir tout ce qu’il avait apporté de Sirap, et même une boîte de portraits de diamants où était le sien. Alors Lupanie, lui prenant la même main avec laquelle il la lui présenta et la lui baisant avec transports :

— Mon Dieu ! lui dit-elle, que vous êtes obligeant et généreux ! Que ne puis-je faire quelque chose pour vous !

Nicaise, dans cet instant, sentit, à raison de cette grande liberté qu’elle prit, une certaine émotion agréable qui l’enhardit. Il lui prend la main sans lui répondre, la serre entre les siennes, la baise, applique sa bouche toute de feu sur un téton, ensuite au milieu de la gorge, élève sa vue sur son visage avec un reste de pudeur, pour savoir, de ses yeux, si cette action lui plaît. Tout le flatte ; il n’y voit que langueur