Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/227

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HISTOIRE AMOUREUSE DE CE TEMPS


des sanglots pour toucher Nicaise. Elle lui parla ainsi, avec un ton le plus touchant du monde :

— N’ai-je vécu si longtemps que pour me voir honteusement dans les bras d’un autre que mon mari ? Et fallait-il qu’après lui avoir gardé la foi pendant tout le temps que j’ai été avec lui, après avoir vécu avec tant d’honneur jusqu’à présent, je me visse l’infâme objet de votre lubricité ? Le ciel ne vous avait-il donné tant de belles qualités que pour séduire mon honneur et que pour troubler les plaisirs innocents que goûtait une bourgeoise avec son époux ? Ah ! misérable ! que ne suis-je mille fois plutôt morte de la mort la plus rigoureuse que de m’être exposée à sentir tous les bourellements qui me déchirent à présent l’âme ! Pourrais-je voir, après cette infamie, mon cher mari et recevoir ses baisers chastes et innocents, sans mourir de déplaisir de voir que, par mon impudicité, j’ai souillé la pureté de nos embrassements !

Elle dit quantité d’autres choses, qui embarassaient si fort Nicaise et le touchaient si sensiblement que je ne sais s’il ne se repentit point, pour un moment, de l’action qu’il venait de faire. Il employa tout son esprit à la consoler, en lui exagérant le nombre infini des femmes qui prenaient cette même liberté et en lui assurant que toutes les plus belles de Pottamie en étaient logées là.

Mais, comme le plaisir commença de tourner, la